Viens là, que je te raconte mon big chop

Je suis née en France, en banlieue parisienne, d’une maman d’origine italienne et d’un papa congolais. Comme beaucoup de femmes noires et métisses, j’ai défrisé mes cheveux durant des années. 10 ans à peu près, de mes 15 ans à mes 25 ans.

Pour ceux qui l’ignorent, le défrisage est un procédé chimique qui a pour but de modifier DÉFINITIVEMENT la nature du cheveu. Après cette étape, les cheveux frisés ou crépus se retrouvent beaucoup plus détendus, souples, et ont un aspect plus ondulé. Le but est de rendre le cheveu plus facile à lisser.

Je tiens à préciser qu’à aucun moment je n’ai été informée du fait que le défrisage est irrémédiable. C’est-à-dire que les cheveux défrisés ne retrouveront jamais leur texture naturelle. Il me semble que cet aspect du produit devrait être précisé par le coiffeur au moment de la première pose. Et ce n’est pas le cas. J’étais jeune, et je n’avais absolument pas conscience de la portée de ce geste. Je ne dis pas que je ne l’aurais pas fait si j’avais su, mais il me semble que j’avais le droit de savoir ce que je faisais subir à mon corps. D’autant que le produit défrisant est, vous vous en doutez, composé de produits chimiques mauvais pour la santé comme la soude. J’ai su que mon défrisage était définitif le jour où j’ai commencé à vouloir retrouver ma nature de cheveux. LOL.

Donc, durant une bonne partie de ma vie, je me suis rendue chez le coiffeur tous les deux/trois mois environ. Cela me coûtait autour de 100 €. Un sacré budget. Mais c’était le prix à payer pour m’accepter. Il était inenvisageable de faire autrement. Voilà comment ça marche : une fois les cheveux défrisés, on sort de chez le coiffeur en se sentant comme une déesse (ben oui, je n’arrivais presque jamais à reproduire le brushing parfait de ma coiffeuse), et puis, au bout d’une semaine, on se lave les cheveux et on les lisse avec un fer à lisser. Et on répète ce geste toutes les semaines. Bien sûr, les repousses, elles, ne sont pas défrisées. Au fil du temps, les cheveux sont de plus en plus difficiles à lisser, et les lissages sont de moins en moins beaux car les repousses naturelles prennent de la place. Et alors on retourne se défriser les cheveux pour les dompter, ces repousses que l’on maudit. Et le cercle vicieux est enclenché.

J’étais heureuse, je me sentais belle et je n’avais qu’un seul but : avoir les cheveux lisses, toujours plus lisses. Biberonnée aux clips de Beyoncé et aux publicités L’Oréal lorsque j’étais enfant, je me mettais une serviette sur la tête et essayais d’imiter le fameux « girl white flow ». Vous savez, le fameux mouvement de cheveux de toutes les publicités pour cheveux, le même qui agite la sublime crinière blonde de Pamela Anderson dans Alerte à Malibu. Plus tard, j’ai découvert que j’étais loin d’être la seule à faire la même chose. Dans un autre post, je vous expliquerai d’où diable pouvait bien venir cette obsession. Parce que oui, c’est une sacrée longue histoire (et ce n’est pas que la mienne), qui mérite, qui DOIT être racontée.

En atteignant la vingtaine, j’ai de plus en plus éprouvé le désir de retrouver mes cheveux naturels. Naïve et très peu renseignée, il faut le dire, j’ai cru qu’il me suffirait de ne plus lisser mes cheveux avec un fer à lisser pour me retrouver, moi. Donc, au sortir de la douche, je démêlais mes cheveux et je les laissais sécher à l’air libre en priant pour obtenir de belles et larges boucles. Oui, inconsciemment j’espérais en fait des cheveux de Blancs… Mais naturels. Vous avez dit « schizophrénie » ? LOL.

Après avoir constaté que ce que j’avais sur la tête était ingérable, je me résignais et je lissais de nouveau. Attention, je ne dis pas que les cheveux frisés, bouclés ou crépus sont ingérables. Loin de moi cette idée. Mais à l’époque, ce que j’avais sur la tête l’était. Mes cheveux étaient d’une infinie sécheresse, de plus, certains étaient lisses, d’autres ondulés, et mes repoussent étaient frisées. C’est-à-dire que plusieurs textures de cheveux, abîmées qui plus est, bivouaquaient sur mon crâne : c’était juste pas possible, et ça n’avait rien de naturel.

À l’âge de 24 ans, l’envie de retrouver mes cheveux naturels me taraudait sérieusement. J’en avais marre. Marre de ne pas me montrer telle que je suis au monde. Marre de modifier mon apparence, de me cacher. Je me disais que si j’avais des enfants et que j’essayais de leur apprendre à s’aimer et à s’accepter, ce ne serait pas crédible si moi, j’étais incapable de le faire. Malgré le fait que je ne veuille pas du tout avoir des enfants dans l’immédiat, cette pensée a joué. Cette hypocrisie m’a dérangé et a pesé dans ma décision. Je voulais être un exemple.

Le temps et l’argent ont aussi commencé à me poser problème. Je ne voyais pas pourquoi, moi, à cause de la nature de mes cheveux, je devais payer, passer X heures à me lisser les cheveux parce que d’autres l’avaient décidé pour moi. Je me sentais aliénée, emprisonnée et même arnaquée. Peu à peu, j’ai trouvé injuste et absurde de me faire subir ça. Et cette idée a fait son chemin dans ma tête… Mais je n’étais pas seule. J’ai consulté des blogs, me suis renseignée sur le mouvement nappy, j’ai lu des livres. D’ailleurs, je vous conseille celui de Juliette Sméralda « Peau Noire, Cheveux Crépus, l’histoire d’une aliénation ». Cet ouvrage m’a ouvert les yeux et il m’a permis de comprendre les raisons pour lesquelles je m’infligeais tout ça.

Et COMPRENDRE, ça change TOUT.

Plus l’heure de couper mes cheveux approchait, moins je les lissais. Et alors que mes cheveux étaient toute ma vie (non, non je n’exagère pas), je ne m’en occupais plus et les attachais constamment. En attendant d’avoir le courage. J’avais fait des recherches. Deux options s’offraient à moi pour passer au naturel : couper toute la partie défrisée afin de ne garder que les repousses. En gros, c’était passer d’un carré mi-long lisse à 1 cm de cheveux bouclés sur la tête. Cet acte d’une violence inouïe s’appelle un big chop (la « grande coupe »). La deuxième solution consiste à gérer deux natures de cheveux en même temps : la partie défrisée et la repousse. Elle s’adresse aux personnes qui ne veulent pas couper leurs cheveux aussi courts et donc, opérer un changement brutal. Même si j’admire ceux qui choisissent cette deuxième solution, je n’avais pas le courage de m’investir dans l’entretien de deux textures différentes qui ne nécessitent pas les mêmes soins.

Après un an de réflexion (il fallait au moins ça !), j’ai pris rendez-vous chez le coiffeur pour opérer mon big chop. Les derniers jours, l’attente était devenue insupportable car ce que j’avais sur la tête ne m’appartenait déjà plus. Ma chevelure était devenue un corps étranger, un parasite dont je voulais me débarrasser à tout prix.

Petit conseil les filles, ne faites pas comme moi. Je suis allée chez le coiffeur et il m’a pris une fortune parce que ma coupe relevait d’un « relooking ». Bullshit. Si vous en avez le courage, avant de vous rendre chez le coiffeur, coupez-vous les cheveux vous-même, même très mal, mettez un bonnet et foncez dans un salon pour finir le travail et peaufiner la coupe. Cela vous coutera bien moins cher et vous aurez le plaisir de vous libérer de vos propres mains. Car oui, il s’agit bien d’une libération.

Moi, je suis arrivée en toute confiance, impatiente. C’est la coiffeuse qui avait peur de couper. Peur que je regrette, que ce soit un coup de tête (et même si c’est le cas, de quoi jme mêle ?). Et c’est moi qui ai dû la rassurer et l’encourager. Véridique. Moi j’étais prête, mes cheveux n’étaient déjà plus les miens et j’avais le smile jusqu’aux oreilles. À chaque coup de ciseaux, je me redécouvrais. Mes oreilles, ma nuque, mon visage, et ces boucles… Elles étaient là, petites, mais parfaites. À ce moment-là, je ne sais pas encore ce que cela va donner mais je les aime déjà et je sais qu’elles ne verront plus jamais l’ombre d’un fer à lisser. D’ailleurs, j’ai vendu mon fer à lisser GHD de compet’ dans la foulée. Juste pour être sûre.

Et donc, ce jour-là, je me suis vue telle que j’étais réellement, pour la première fois depuis que je suis adulte. Enfant, j’avais eu les cheveux tressés parfois, très courts à un autre moment, et plus tard, j’ai défrisé. Mais ces choix n’étaient pas les miens. J’ai subi. Soit parce que tout le monde trouvait que c’était plus simple, soit parce que la société avait décidé que les cheveux lisses étaient les seuls acceptables dans l’espace public. C’est triste, ridicule, absurde, mais je n’avais aucune idée de ma véritable nature de cheveux jusqu’à mes 25 ans…

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Alors que, toute ma vie, j’ai rêvé de cheveux lisses comme des baguettes, je me suis très bien adaptée à ma nouvelle texture de cheveux. C’était une évidence. Quel plaisir de les toucher, de les laver, de me montrer telle que je suis. De ne plus tricher et de m’assumer, enfin. Cette année de réflexion a été salutaire car le changement peut être violent si on se précipite et qu’on n’est pas prêt.

Une dernière chose. Ce choix ne regarde que vous, c’est un choix profondément intime. Oubliez les petits-amis, les collègues, la famille et les amis qui vous donneraient leurs avis. Bien sûr, notre entourage nous influence mais il s’agit de votre corps et de votre décision, ne l’oubliez pas. Personne n’est à votre place. N’ayez pas peur et reprenez le pouvoir. Ceux qui vous aiment vraiment continueront à le faire, quoi qu’il arrive. Cela peut paraître évident mais cette période est si forte en émotion qu’on peut en oublier l’essentiel, les choses évidentes.

Je me suis libérée de l’oppression et ça fait un bien fou. Désormais, je porte fièrement ma couronne et j’en suis fière.

OH OUAI PUTAIN, SACRÉMENT FIÈRE.

La seule question que je me pose ? Pourquoi ne l’ai-je pas fait avant ?

Si tu lis ces lignes, c’est que tu es arrivé au bout de la lecture. Bravo et merci mille fois d’avoir lu mon histoire.

J’ai hâte de lire la tienne ! Toi aussi, raconte-moi ton parcours capillaire en commentaire ! Et si tu as des questions, n’hésite pas !

 

7 commentaires sur “Viens là, que je te raconte mon big chop

  1. C’est une vraie catastrophe chez moi, nappy depuis 2008, avec une vraie croissance de tortue. Il y a 3 mois, j’ai coupé, je recommence tout en alliant soins d’huiles une fois par semaine et levure de bière. On verra bien. Merci d’avoir partagé avec nous ton histoire capillaire 😘😘😘

    Aimé par 1 personne

    1. Hello LatreLawson ! Merci beaucoup pour ton commentaire et pour avoir partagé ton expérience avec moi ❤ J'ai moi aussi fais des bains d'huile juste après mon big chop ! On est tous différents mais ce qui a marché pour moi, c'est l'huile de ricin. J'ai alterné huile de ricin et aloé vera pendant au moins un an et j'ai obtenu une belle croissance. Mais tes cheveux ont peut-être besoin de plus de temps😉J'espère que tu vas obtenir ce que tu désires ! N'hésite pas à me tenir au courant 😘 ❤

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  2. BRAVO !

    J’ai adoré ton article ! Sincère, touchant et très bien écrit (et le « non de non, vous ne pouvez pas toucher » dans ta description m’a faite mourir de rire). :’)
    J’ai moi aussi lissé mes cheveux pendant des années avant d’oser les assumer tels qu’ils étaient et j’en suis très heureuse (de les assumer, pas de les avoir lissé hein). Je précise que je n’ai pas du tout les cheveux crépus, ils sont à peine bouclés, je dirais très ondulés. Et pourtant j’ai moi aussi été influencée pendant des années par ce que je voyais comme être une « norme » … On ne se rend pas compte du courage qu’il faut pour oser s’opposer à ça. Alors, encore une fois, bravo ! Et tes cheveux sont wonderful !!

    Belle soirée ❤

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour Cynthia !

      Merci beaucoup pour ces compliments, c’est adorable, ça me touche énormément ! Je suis très heureuse que mon histoire fasse écho en toi. Il faut effectivement du courage pour le faire, bravo à toi aussi ! C’est l’une des raisons qui m’ont poussée à lancer ce blog : je veux montrer qu’il est possible d’assumer ses cheveux naturels. Je veux donner le courage aux autres de faire de même car c’est extrêmement libérateur. Je pense que tu es d’accord avec moi 😉 Merci beaucoup d’avoir partagé ton expérience avec moi !

      Beau week-end à toi ! ❤

      Aimé par 1 personne

  3. Salut Ingrid ,
    Je te suis depuis peu sur Instagram et j’aime beaucoup ce que tu dégages .
    J’ai moi aussi tout coupé il y a quelques mois , c’était le jour de la fête des mères . Je voulais le faire depuis 1 an et demi environ mais je n’ai jamais vraiment eu le courage de me lancer . Et comme j’en parlais a mon entourage assez régulièrement vu que mes cheveux étaient aussi bousillés avant la « coupe » , je me suis lancée sur un « cap ou pas cap  » de ma sœur …
    Au final ma sœur coupait la masse aux ciseaux et mon beau frère passait la tondeuse . Mes cheveux étaient vraiment horribles avant. J’avais fais des défrisages quelques années avant et les soins n’étaient plus efficaces . Je pense qu’ils étaient saturés. Tout ça pour dire que je me sens beaucoup mieux depuis que j’ai coupé, j’ai retrouvé des belles ondulations de mes cheveux métissés. Et c’est vrai que c’est très liberateur.
    C’est un peu pour moi un changement de vie aussi .
    J’aime tellement que je garde le très court. Je dois avoir 2 cm sur la tête .
    Si je peux donner un conseil, je pense aussi que comme tout sur notre corps , nous n’avons pas besoin d’un excès de produits capillaires… J’utilise une crème que j’ai fabriqué ou j’alterne de temps en temps avec de l’huile de coco ou aloe Vera. Mais c’est un produit a chaque fois et mes cheveux sont plus résistants et plus beaux maintenant.
    Bonne continuation pour ton blog il est top !
    Sindy

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    1. Salut Sindy ! Merci pour ton commentaire et de partager ton expérience avec moi ! On a toujours besoin de temps avant de se lancer, je pense que c’est normal car ça engendre un énorme changement ! Ce sentiment de libération dont tu parles, ça vaut tellement le coup ! ça représente bien plus qu’une nouvelle coupe de cheveux, c’est un geste envers ton image, ton corps. Et oui ! Je suis d’accord pour les produits ! Dans ma routine capillaire, j’en utilise très peu et mes cheveux s’en portent très bien, comme les tiens. Il faut les laisser vivre, se laisser tranquille. Après des années à les « torturer », c’est ma philosophie aussi ! Merci beaucoup pour tes encouragements concernant le blog ! C’est adorable et ça me fait réellement chaud au coeur !

      À bientôt !

      Ingrid.

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