Nappily Ever After : l’histoire d’un big chop

Réjouissant ! C’est ce que je me suis dit lorsque j’ai su que Netflix allait sortir un film sur l’aventure capillaire d’une femme noire. Enfin ! Le monde allait savoir ce que vivent ces femmes, il allait comprendre la relation compliquée qu’elles entretiennent avec leurs cheveux. Personnellement, c’est le seul film que j’aie jamais vu sur ce sujet (si vous en connaissez d’autres, je veux bien les titres en commentaires).

Nappily Ever After est un film américain sorti en 2018, réalisé par Haifaa al-Mansour et basé sur le roman du même nom, de Trisha R. Thomas. Elle raconte l’histoire de Violet Jones (jouée par Sanaa Lathan), une femme noire dont la vie est apparemment parfaite, entre une brillante carrière dans la publicité (un monde fait de faux-semblants) et un petit-ami médecin. Mais le jour où ce dernier avoue qu’il ne veut pas l’épouser, sa vie change. Elle entame alors une évolution capillaire tout au long du film.

L’obsession du cheveu lisse en héritage

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Violet Jones enfant jouée par Gabrielle Manning dans Nappily Ever After (2018) Capture d’écran Netflix

Si la recherche de la perfection fait partie intégrante de la vie de Violet : dressing parfait, mec parfait, travail au top… Ses cheveux sont sa réelle obsession. Elle fuit la moindre goutte d’eau et flippe au moindre nuage, ne danse pas, veut être au-dessus de son partenaire pendant l’amour pour éviter de se décoiffer… Ce contrôle perpétuel de sa chevelure défrisée lui vient de sa mère, qui lui lisse les cheveux depuis qu’elle a au moins 11 ans. Elle inculque à sa fille qu’elle n’est belle et présentable que lorsque ses cheveux sont parfaitement lissés :

« Je vivais constamment avec l’angoisse d’avoir à prouver que j’étais aussi bien soignée qu’une petite fille blanche »

 Alors que les autres enfants évoluent « totalement heureux et sans se soucier de leur apparence », comme ils devraient tous le faire, Violet est élevée dans la contrainte, à cause de ses cheveux crépus. Lorsque des enfants se moquent d’elle, sa mère, au lieu de lui dire qu’elle est belle quoi qu’il arrive, la ramène honteusement à la maison pour lui lisser les cheveux. Elle en fait finalement une femme inhibée, obnubilée par son apparence et incapable de lâcher prise.

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Sanaa Lathan (Violet Jones) et Lynn Whitfield (Paulette Jones) dans Nappily Ever After (2018) Capture d’écran Netflix

Le cheveu lisse est beau, le cheveu crépu ne l’est pas

Au début du film, tous les hommes se retournent sur le passage de Violet. C’est une très belle femme, certes, mais c’est surtout sa confiance en elle qui est séduisante. Avec ses cheveux lisses, Violet se sent bien, belle et cela se voit. Elle associe sa capacité à séduire, et à garder son petit-ami, à sa chevelure, toujours impeccablement lissée. Elle a intégré l’idée, et elle n’est pas la seule, que les hommes n’aiment que les femmes aux cheveux longs et lisses. Elle est prête à tout pour garder son partenaire, qui ne doit jamais la voir au naturel. Alors que son amie lui dit que son homme n’est pas avec elle pour ses cheveux lisses, Violet lui rétorque :

« Ton mari sait pour tes cheveux crépus ? J’ai plein de photos de nous au collège. »

Vu la réponse agressive de Violet, qui sonne comme une menace, avoir les cheveux crépus apparaît clairement comme une honte, un secret inavouable que les femmes noires et métisses ne peuvent pas partager, même avec leur propre mari. Ainsi, ces femmes vivent dans l’obsession de toujours plaire à leurs hommes, quitte à ne jamais être naturelle, à se priver du plaisir de se baigner ou de faire l’amour comme elles en ont envie… Être désirable est tout ce qui compte, quitte à s’oublier et ne jamais être naturelle.

L’histoire d’une libération

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Sanaa Lathan (Violet Jones) dans Nappily Ever After (2018) Capture d’écran Netflix

Tous les aspects de la vie de Violet sont touchés par son obsession du cheveu lisse qui ne tolère aucune variation, aucune folie. Sa personnalité et ses actions deviennent aussi disciplinées que sa chevelure, qui est un reflet de ce qu’elle est devenue. Après son big chop (l’une des scènes les plus fortes du film), Violet doit apprendre à se réapproprier son corps, sa personnalité, et se libérer de l’influence on ne peut plus étouffante d’une mère qui lui a fait énormément de tort. Cette étape est d’autant plus difficile que tout le monde se sent libre de commenter son choix. Sa mère, qui la croit tout à coup lesbienne, désapprouve son choix, ainsi que son patron, qui lui fait comprendre qu’il aimerait bien qu’elle redevienne comme avant. Comme s’il avait son mot à dire sur le look capillaire de son employée… Même son petit-ami, qui prétend l’aimer, lui demande de lisser ses cheveux courts en vue d’une soirée qu’il désire parfaite.

Le film met en scène la difficulté que représente un tel changement capillaire pour les femmes. En effet, pour nombre d’entre elles, les cheveux sont une arme de séduction redoutable. Amputée de cet atout physique, Violet se sent démunie, non désirable, dans un premier temps. Au fil des différents chapitres du film, qui sont déterminés par ses différents changements capillaires (défrisage, extensions, big chop, repousse…), elle évolue et reprend peu à peu le pouvoir sur ses désirs et son corps. Elle exprime clairement à quel point elle se sent libérée depuis que ses cheveux sont naturels :

« Ne pas avoir à penser à mes cheveux m’a fait gagner tellement de temps que m’en occuper était comme un second job. Ça m’a fait du bien. C’est sûr que je n’aime pas être rejetée ou ignorée mais cela m’a obligée à abandonner certaines futilités et à me recentrer sur des choses plus essentielles. »

Même si elle admet qu’elle vit mieux depuis qu’elle ne pense plus à ses cheveux constamment, Violet pense encore aussi que cela engendre d’être rejetée ou ignorée. Comme si revenir au naturel nécessitait de renoncer a son pourvoir de séduction. Il s’agirait presque d’un sacrifice. Car, en plus d’être emprisonnée physiquement, Violet a des barrières psychologiques très fortes. Le film traduit bien à quel point l’aliénation est aussi physique que mentale. Il ne suffit pas de se couper les cheveux pour se retrouver et s’accepter : le chemin vers la libération totale est long et peut être difficile.

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Sanaa Lathan (Violet Jones) dans Nappily Ever After (2018) Capture d’écran Netflix

Un film nécessaire

Je ne vais pas vous mentir, il ne s’agit pas là du meilleur film Netflix. Mais je dirais qu’il est plaisant à regarder, vous passerez un bon moment. Ce film doit être vu parce qu’il traite d’un sujet de société encore trop méconnu : la relation (très) compliquée qu’entretiennent les femmes noires avec leurs cheveux. Il donne à voir les sacrifices et la vie que l’on mène quand on tente de coller à un idéal de beauté à l’opposé de notre nature, mais aussi les moqueries et les commentaires déplacés que l’on peut subir lorsque l’on a des cheveux crépus. Il démontre aussi que les cheveux n’ont rien d’anodin. Que c’est un aspect physique éminemment important, que ce soit dans la sphère privée ou publique.

Je pense que beaucoup de femmes se reconnaîtront dans l’histoire de Violet. Moi-même j’ai été émue par certaines scènes, celle qui big chop, mais aussi par une autre très sensuelle où Violet éprouve des sensations de plaisir liées à son cuir chevelu, qu’elle peut enfin toucher. Je me suis rappelée avec une certaine émotion de mon propre cheminement vers la liberté (pour relire l’histoire de mon big chop, c’est ici). Je me rends compte que le parcours de beaucoup de femmes noires et métisses se ressemble. Ce film peut les aider à se sortir de leur propre emprisonnement. Il offre enfin une nouvelle vision de la femme noire, une image de vérité qui peut être un exemple pour les jeunes noirs et métisses qui ont du mal à s’accepter. C’est une belle histoire vers l’acceptation de soi. 

Vous l’aurez compris, je vous recommande grandement Nappily Ever After, visible sur Netflix depuis le 21 septembre. En espérant vivement que d’autres films sur le même sujet suivront !

Et toi, tu as vu Nappily Ever After ? Qu’en as-tu pensé ? Donne moi tes impressions en commentaire !

À bientôt !

 

 

 

 

2 commentaires sur “Nappily Ever After : l’histoire d’un big chop

  1. Hey ! J’ai justement profité de mon après midi pluvieuse d’hier pour le regarder ! Et … j’ai beaucoup aimé ! Les deux scènes que tu cite sont également celles qui m’ont le plus touchée ! Et ce que je trouve intéressant dans le film c’est justement de voir qu’au fur et à mesure de son parcours capillaire, c’est aussi ELLE qui évolue. Elle change, se libère, c’est tout un processus. Et même si je n’ai pas les cheveux crépus, je me suis beaucoup reconnue dans l’histoire. On ne soupçonne pas l’impact que nos chevelures ont sur nos vies avant de changer nos habitudes avec eux, vraiment !

    J'aime

    1. Salut Cynthia !

      Merci pour ton commentaire ! Exactement, à travers ses cheveux, c’est elle qui change, évolue, change son regard sur elle-même. Ce film est important car il explore la relation compliquée entre les femmes noires et leurs cheveux. On peut difficilement soupçonner cela de l’extérieur, quand on ne connaît personne qui a les cheveux crépus ou qui a vécu un big chop ! Je me suis beaucoup reconnue aussi, car moi-aussi je l’ai vécu comme un réel changement de vie, comme tu dis. Je suis contente que « le grand public » puisse découvrir cette problématique grâce à ce film. Personnellement, j’ai découvert les origines de cette relation compliquée avec le livre Peaux Noires, cheveux crépus, de Juliette Smeralda. Je l’ai lu alors que je me lissais encore les cheveux, mais que j’avais envie de retrouver mes cheveux naturels. C’est une super lecture sur les rapports qu’entretiennent les personnes noires avec leurs cheveux, sur l’aliénation dont elles sont victimes. J’ai ouvert les yeux grâce à ce livre, d’ailleurs je vais écrire un article dessus, il gagne à être connu ! Et il peut aider beaucoup de monde ! Merci encore d’avoir partager ton avis moi !

      Je te souhaite un beau dimanche Cynthia !

      À bientôt !

      Ingrid.

      Aimé par 1 personne

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